Arnaque Devis Acompte

Ces derniers temps, une arnaque au devis circule énormément dans notre profession. Quand on est graphiste freelance, on oscille souvent entre phases de travail denses et périodes d’activité creuses. Qu’on soit installé comme entrepreneur indépendant ou en portage salarial, le résultat est le même. Pas de CA, pas de salaire à la fin du mois. Alors parfois, en période de disette, on a tellement envie de décrocher un contrat qu’on en perdrait le sens des réalités. Pourtant à y regarder de plus près, les escrocs laissent souvent un faisceau d’indices derrière eux. Comment détecter les arnaqueurs et se prémunir contre les abus de confiance dans le graphisme ? Quelle est donc cette fraude au devis qui nous pollue la vie ?

L’arnaque au devis qui tourne chez les graphistes

Cette escroquerie, qui semble tourner depuis plusieurs mois, cible les professionnels du graphisme. La méthode n’est apparemment pas nouvelle, mais peut avoir des conséquences dramatiques pour quiconque se ferait prendre. Je la vois circuler sur les réseaux sociaux, auprès de mes contacts LinkedIn, sur Internet ou même dans ma boîte mails ! Oui, j’ai moi aussi reçu deux demandes de devis frauduleuses. Concrètement, en quoi consiste cette arnaque au devis ?

Un faux client, qui usurpe parfois l’identité d’un commerçant réel, contacte un designer indépendant pour un projet de création graphique. Il demande un devis mais, au moment de régler l’acompte, verse « malencontreusement » une somme qui dépassera allègrement le montant escompté. Prétextant une erreur comptable, le surplus est en réalité versé volontairement, pour que le voleur en réclame ensuite le remboursement. S’il consulte ses comptes ou sa banque, le graphiste victime aura d’ailleurs bien la confirmation du versement. Pensant que l’erreur est avérée, il transférera alors la différence en toute confiance au fraudeur. Entre temps, la banque rejettera malheureusement le chèque ou le virement, délestant au passage le freelance jusqu’à plusieurs milliers d’euros. Il faut en effet plusieurs jours pour s’assurer qu’un compte émetteur est bien approvisionné, ce qui n’est évidemment pas le cas ici…

Comment savoir si un chèque est sans provision ?

Pour savoir si le compte bancaire associé au chèque est bien provisionné, vous pouvez demander un avis de sort. Votre conseiller se mettra alors en relation avec l’établissement bancaire émetteur du chèque, pour savoir s’il était solvable ou pas. Sinon, il convient d’attendre l’encaissement définitif du chèque, ce qui peut aller jusqu’à 15 jours selon les banques.

Comment savoir si un virement est bien provisionné ?

Pour attester qu’un virement bancaire est bien en règle, il est conseillé d’attendre jusqu’à 10 jours ouvrés après son émission.

Par chèque comme par virement, les escrocs vont évidemment profiter de ces délais pour finaliser les transactions avant. Si vous pensez faire face à une telle supercherie, faites poireauter votre interlocuteur pour vous assurer de sa solvabilité. Si entre temps les sous disparaissent de votre compte, vous serez vite fixé !

Repérer l’arnaque au devis dans le graphisme

D’une arnaque à l’autre, on n’est évidemment pas à l’abri de tomber sur des malfaiteurs plus malins. Toutefois certains signes, d’autant plus s’ils sont cumulés, doivent impérativement vous mettre la puce à l’oreille !

Les fautes d’orthographe

On est bien d’accord que le fait d’écrire avec des fautes ne prouve en aucun cas la volonté de nuire. Comme dans les tentatives de hameçonnage, c’est cependant une caractéristique récurrente. Soyez donc attentifs au choix des mots, à la syntaxe et aux fautes. Si la grammaire n’est pas votre fort, n’hésitez pas à faire lire le mail par un tiers de confiance.

L’incohérence des propos

Soyez toujours très attentif à ce qui vous est dit et aux informations reçues. Ne soyez pas parano, mais soyez alerte et ne prenez pas forcément tout pour argent comptant. Les escrocs comptent justement sur la confiance spontanée que vous pouvez leur porter.

Les mails hyper courts

Il n’est là encore pas rare d’avoir des vraies demandes de devis peu étoffées. Mais quand on reçoit un message avec pour toute base de chiffrage « Bonjour. Je suis un maître praticien en hypnose, je recherche un infographiste pour la création de mon logo »… On avouera qu’au-delà d’un vague charabia, c’est plus que light ! Si j’ai reçu la version courte, un autre graphiste a visiblement reçu un mail frauduleux plus fourni.

Le caractère urgent de la demande

Les filous n’ont pas envie de perdre du temps. Cette tromperie repose qui plus est sur les délais de validité de paiement. Donc plus vite vous vous exécuterez, plus vite ils pourront recommencer ailleurs. Du coup, si le faux prospect utilise un jargon de type « rapide », ou pire « urgent », méfiance. Quoi qu’il en soit, le terme « urgent » employé lors d’une première prise de contact n’est jamais de très bon augure. Il témoignera au pire d’une fraude, au mieux d’une désorganisation massive et d’un projet potentiellement chaotique. De même, si le client insiste pour obtenir votre RIB, sans avoir fini de détailler son projet, gros warnings. Personne ne sera jamais pressé de vous payer, pas même les clients honnêtes et bons payeurs !

Les coordonnées du client

Si vous galérez à identifier la personne qui vous adresse une demande de devis, ce n’est pas très bon signe. Nom, prénom ou nom d’entreprise doivent normalement être visibles facilement, par exemple dans une signature mail. La photo de profil de la messagerie est également un indicateur potentiel. Pour ma part, des deux mails frauduleux reçus, aucun n’en arborait une. Le problème peut en revanche s’avérer plus compliqué quand les escrocs pratiquent l’usurpation d’identité. Dans ce cas l’entreprise existe bel et bien, mais son vrai dirigeant ne vous a en réalité jamais contacté. Ce qui m’a alertée dans mon cas, c’est la présence du numéro de Siret dans la signature. Brandi comme un étendard entre seulement nom et adresse, il m’a surtout donné l’impression de vouloir justifier l’existence du restaurant.

Se protéger d’une tentative d’escroquerie quand on est freelance

Le brief créatif

Pour se prémunir d’une arnaque au devis, rien ne vaut un bon vieux brief créatif. Aussi appelé cahier des charges, c’est l’étape indispensable pour toute bonne collaboration avec un graphiste. En compilant et synthétisant des informations cruciales sur le projet, il permettra de structurer les besoins du commanditaire.

Autant quand on travaille de longue date avec un client, on connaît déjà son marché, ses produits et ses cibles. Il n’est donc plus nécessaire de nous les représenter. Autant quand il s’agit d’une première prise de contact, ces informations sont indispensables. Au même titre que les attentes précises pour les supports de communication à réaliser. « Bonjour, je voudrais un logo », ce n’est clairement pas suffisant. « Bonsoir. Nous recherchons de toute urgence un graphiste H/F pour la réalisation d’affiches et de logo pour notre restaurant. Merci de bien vouloir nous contacter si vous êtes disponible pour cette mission », ça ne l’est pas non plus ! Quels sont les délais, les affiches auront-elles une base commune, quel est le style graphique attendu… ?

Ne jamais transiger sur le brief créa, même quand les temps sont durs. Les personnes qui veulent vous extorquer font au plus simple. Ils ne s’emmerdent pas à perdre du temps à vous expliquer leur projet, puisqu’ils n’en ont pas ! En somme, plus on rentrera dans les détails, plus on les fera fuir. On perdra un peu de temps, mais on y laissera largement moins de plumes. Et le mieux si on est sûr de son coup, c’est de ne pas répondre du tout.

Le devis et l’acompte

Dans un contexte de travail sain, ce sont deux choses bien évidemment indispensables. C’est ce qui permettra de cadrer le projet et de se protéger d’un litige éventuel ou contre les mauvais payeurs. Mais dans le cadre d’une arnaque au devis comme celle-ci, ils ne servent malheureusement pas à grand-chose. Vous n’aurez aucun problème à vous faire verser l’acompte puisque c’est le principe même de l’arnaque. Et vous aurez perdu du temps à éditer un devis…

Se renseigner sur le prétendu client

Si à la lecture de la demande de devis, vous avez des doutes, faites des recherches sur Internet. Nom de la personne qui vous contacte, site web de l’entreprise avec sa page mentions légales, réseaux sociaux… Vérifiez également l’existence de l’entreprise sur des sites comme l’INSEE, Société.com… Tout ce qui peut vous conforter sur le caractère sincère ou au contraire frauduleux doit être inspecté.

En cas d’usurpation d’identité, ce ne sont en revanche pas forcément ces infos qui vous aiguilleront. Comme tout existe vraiment, vous risqueriez même d’être induit en erreur. C’est d’ailleurs ce que j’avais fait pour le premier mail frauduleux reçu, et tout me paraissait, à juste titre, réel. J’ai néanmoins poursuivi avec mon brief créatif, fatiguant au passage mon interlocuteur qui a fini par laisser lettre morte. Jusqu’à ce que j’aie (enfin) l’idée de chercher dans Google « Nom Prénom arnaque »…

Contacter le « client »

Pour déjouer la supercherie, vous pouvez également contacter votre prétendu client. Solliciter un rdv physique, un appel téléphonique ou une visio vous permettra de démasquer un fraudeur potentiel. Un vrai client ne refusera jamais. Il trouvera forcément un moyen d’entrer en contact avec vous pour vous expliquer son projet. Encore mieux. Si le fraudeur utilise le vrai numéro de la société usurpée, vous aurez la confirmation de l’entourloupe en un appel. Et s’il n’était pas au courant, vous avertirez même le vrai gérant de son usurpation d’identité !

Prévenir son réseau

Les personnes qui cherchent à obtenir de l’argent sur votre dos ne s’arrêteront probablement pas à un échec. Néanmoins, en partageant les informations au plus grand nombre, on leur mettra certainement quelques bâtons dans les roues. Avertissez les personnes de votre réseau potentiellement concernées par cette fraude. Partagez les infos sur les sites dédiés à cet effet ou cet article de blog. Ou peut-être suis-je trop naïve…

Pour conclure, c’est le client qui paye, jamais l’inverse !

S’il est bien une chose à retenir, et probablement la plus efficace : ne jamais payer un client ! En cas d’arnaque au devis, ce sera la meilleure façon de vous protéger. On n’est pas à l’abri d’une vraie erreur comptable, me direz-vous ! Peut-être, mais de là à confondre 350€ et 2 000€, il y a un monde ! Ceci étant dit, en cas d’erreur malheureuse, votre client comprendra vos craintes. Il patientera le temps de prouver la solvabilité de son versement et que votre compte a bien été crédité. Selon le montant, la somme pourra éventuellement aussi être déduite de sa facture totale.

Dans mon cas, les deux mails frauduleux reçus se sont soldés sans dommage financier aucun. J’aurai juste perdu un peu de temps avec le brief créatif du premier mail. Le second m’aura coûté un rictus d’agacement. Il est bien évidemment important de faire confiance, mais ça l’est tout autant de rester vigilant. En somme, c’est ma rigueur qui m’a sauvé les miches ! Et vous, ça vous est déjà arrivé ?

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