Clichés Graphistes Indépendants

Graphistes indépendants, développeur web, communicant mais aussi profs ou encore plombiers… On a tous nos dragons à occire. Nombreuses sont en effet les professions à souffrir d’idées préconçues. C’est bien connu, l’enseignant est tout le temps en vacances, le plombier est roublard, le dev est un génie asocial… J’en passe et des meilleures. Évidemment, le métier de designer graphique n’y fait pas exception. Si la plupart des stéréotypes se manifestent en terrain professionnel, la sphère privée ne nous épargne pas non plus. Aujourd’hui encore, on en entend des vertes et des pas mûres qui nous irritent les esgourdes. Pourtant, il suffit de les mettre en parallèle avec d’autres activités pour se rendre compte de leur cocasserie ! Alors, quels sont donc ces poncifs qu’un DA, freelance ou non, doit encore endurer ?

Les graphistes indépendants et leur précieux

Un Mac, what else ?

Tu es graphiste, tu ne jures donc forcément que par la marque à la pomme. Les PC, c’est bon pour les gamers ou les webeux, par pour les créas, tu comprends. Historiquement c’est vrai, les métiers créatifs, de l’édition, du son et de l’image utilisent majoritairement des Mac. Les professions davantage orientées web ou gaming elles, préfèrent les PC. En fait, ce raccourci vient d’un côté de l’image créative et élitiste qu’Apple s’est forgée au fil du temps ; et de l’autre côté de l’image d’artiste (on l’abordera par la suite), forcément outrecuidant, que se traîne le designer. En réalité, directeur artistique ou développeur, chacun devrait pouvoir travailler avec les outils qu’il veut. Et ça, sans être taxé au choix ni de transfuge ni de présomptueux !

Pour ma part, je travaille avec les deux même si j’ai une nette préférence pour le matériel Apple. Pourtant, ce n’était pas gagné d’avance. Entre la prof qui nous braillait « Pomme Z » et les vieux coucous Macintosh qui m’ont fait découvrir l’iOS… J’apprécie davantage le design et l’ergonomie d’une bécane Apple, c’est comme ça. Pis de toute façon, faut 5 fruits et légumes par jour !

Jamais sans mon 27 pouces

C’est bien connu, les graphistes indépendants passent touuuut leur temps devant leur ordi. Pour le travail ça va de soi, mais pas que hein. Non, non, notre vie toute entière tourne autour de cette invention révolutionnaire. Un ciné ? Merci, mais je préfère un film en VOD. Un jeu de société ? Arf, en réseau plutôt. Les soldes ? Trois petits clics et puis s’en va. Les courses ? Au mieux on fait un drive, faudrait pas non plus croiser des gens à la caisse, attends ! En plus, avec l’avènement de Facebook et consorts, même la vie sociale peut se faire sur Internet, c’est merveilleux ! Alors pourquoi diantre se casser la nénette à rejoindre ses potes dans un bar, si une simple visio suffit ?

Certes, on ne peut pas nier que les écrans nous sont des outils de travail incontournables et indispensables. Mais ils ne sauraient résumer à eux seuls notre métier, et encore moins notre vie privée. Même s’il est passionné, on imagine assez mal un juge ne répondre qu’avec « retenu, rejeté » à ses amis. Eh bien il en va de même pour le graphiste freelance. À la fin de sa journée, il coupe avec la sphère professionnelle et, magie du bouton off, éteint son ordinateur.

DA indépendant is the new ingénieur informaticien

Eh oui, comme tu travailles beaucoup avec un ordinateur, une tablette graphique, un smartphone… Enfin des trucs qui se branchent et qui sont connectés à Internet quoi, tu touches forcément ta bille en informatique. On suppose donc souvent que tu es capable de diagnostiquer des bugs informatiques ou d’intervenir sur un câblage réseau défectueux. Logique. Ça me fait justement penser que mon frère est professeur de valse viennoise. Je lui demanderais bien un petit cours de claquettes, tiens…

Les journées à la cool des graphistes indépendants

En vacances perpétuelles

Cette idée reçue un poil coriace est notamment entretenue par l’entourage de la sphère privée. À leur décharge, le domicile est réputé être de l’ordre du repos, du loisir, de l’oisiveté. Pas évident du coup de faire entendre que non, tu ne regardes pas les mouches voler. Tu as beau être chez toi, du lundi au vendredi, de 9h à 17h, tu es en télétravail. Pas en vacances. Alors non, personne ne peut passer prendre un café et on n’a pas le temps d’aller glander en ville. Y’a les temps off pour ça !

Ouais mais là, t’as pas de client, c’est pas gênant ! C’est-à-dire que si je veux en avoir de nouveau, des clients, il faut justement que je m’active. Donc même en période de disette, l’indépendant a de quoi faire. Prospection, mise à jour du portfolio, rédaction d’articles pour le blog, communication personnelle, administratif, veille pour trouver des ressources graphiques… Ce ne sont pas les tâches qui manquent et elles sont aussi chronophages qu’indispensables.

En open bar

En voilà un autre de stéréotype bien tenace, cette fois-ci alimenté essentiellement par les clients. Dans l’imaginaire collectif, puisque tu es freelance, tu bosses à domicile. Même si c’est souvent vrai, ce n’est pas pour autant systématique. Certains louent en effet des petits bureaux, des espaces de coworking ou préfèrent simplement travailler à l’extérieur. Mais passons. Et puisque tu bosses à domicile, tu n’as pas d’horaires. C’est pourtant pas faute de les renseigner sur ton site, sur Google et tes réseaux sociaux, tes horaires.

Les graphistes indépendants sont des professionnels comme les autres et ne sont pas corvéables à merci. S’il faut parfois accepter des heures supp pour boucler des projets, chaque journée a un début et une fin. Quand un client fait appel à une agence de communication, la question ne se pose pas. Il intègre parfaitement qu’il doit composer avec des horaires bien spécifiques. Cette différence d’appréciation est due, à tort, au fait qu’une agence sera perçue comme une entreprise, mais pas les freelances.

Malheureusement, ce sentiment sera aussi parfois nourri par les designers eux-mêmes, en répondant à un prospect à des heures indues. Si l’intention de vouloir être réactif est louable, elle induit néanmoins le mauvais message. Dans l’esprit du client potentiel, vous venez de lui dire que vous êtes disponible à tout moment. À notre charge de donner les bonnes habitudes, en répondant aux prises de contact pendant nos horaires de travail. Surtout que, il faut bien l’avouer, passée une certaine heure, on a tôt fait d’avoir les neurones qui tricotent.

En récré permanente

Ça va, tu finis à 17h, c’est tranquille. Déjà, en travaillant de 9h à 17h, avec 1h de pause dans la journée, on est sur une organisation classique. Pas sur 3h de boulot organisé en fonction du sens du vent. Ensuite, avant de lorgner sur cet horaire, il faut aussi avoir en tête que pour un graphiste free, pas de bras, pas de chocolat. En un mot comme en mille, s’il n’y a pas de boulot, il n’y a pas de salaire. Il faut savoir jongler émotionnellement entre les périodes bourrées à craquer et celles, plus calmes, pleines d’incertitude. Aussi il n’est pas rare de commencer à bosser avant, ou de continuer au-delà. Indiquer des horaires officiels de début et de fin présente toutefois un avantage certain. Celui de nous autoriser, une certaine heure passée, à ne plus forcément répondre à une sollicitation client.

Le graphiste tout risque

Parmi les clichés récurrents, il en est un qui consiste à dire que collaborer avec des graphistes indépendants est risqué. Un peu comme jouer à la loterie en somme. Tu espères tirer le gros lot, mais tu ne sais pas sur qui tu vas tomber. Ouhhh, tornade d’émotions dans ton cœur. Oui, car même s’il peut voir son portfolio, le rencontrer, lui parler… Un client remettra plus facilement les compétences d’un freelance en perspective, arguant qu’on ne sait pas ce qu’il vaut. Alors qu’une agence, elle, a sa réputation qui la précède. Ce n’est pas complètement faux, généralement les agences de pub jouissent effectivement d’une renommée bien plus importante. Et de références clients tout aussi réputés. Forcément, ça inspire confiance, et ça se comprend.

Sauf qu’à y regarder de plus près, un client satisfait sera la meilleure publicité que pourra s’offrir un créatif indépendant. Il a donc tout intérêt à ne répondre qu’à des projets qui respectent le strict cadre de ses compétences. Non pas qu’une agence ne pourra pas pâtir de clients mécontents, mais l’impact sera moindre. Pour un directeur artistique freelance, chaque client est primordial. Un projet qui aboutit est l’assurance, presque systématique, d’en décrocher de nouveaux. Ensuite, bien que travaillant selon un processus rigoureux, un free pourra être plus facilement réactif et flexible dans ses délais. En agence, la gestion des plannings est en effet généralement assez protocolaire. Enfin, on oublie aussi souvent que nombre d’agences sous-traitent des projets à des graphistes indépendants. En étant en prise directe avec les chefs de projet, les clients l’ignorent (et ce n’est pas grave). Mais au final, ils travaillent déjà bel et bien avec un indépendant.

Les pépettes, le flouze, le blé, la maille

Ouh, le DA coquinou qui facture à la tête du client

Hummm, toi t’as une grosse boîte, tu as plein de sous, alors ça va te coûter cheeeer ! Euh non, c’est un peu plus compliqué que ça ! Ok, mais dans ce cas, pourquoi une PME paye plus cher qu’une TPE pour « la même chose » ? Justement, parce que ce n’est pas « la même chose ». Ce n’est pas parce que l’intitulé de la demande semble être identique que la prestation le sera.

Concrètement, si un grand groupe et un artisan demandent tous deux la création de leur identité visuelle, l’intitulé semble identique. Sauf que les deux prestations n’auront probablement rien à voir l’une avec l’autre. Pour le premier il faudra par exemple formaliser un document de charte graphique complet. Il faudra créer plusieurs versions du logo, avec et sans baseline ainsi qu’un univers visuel spécifique. Puis il faudra décliner le tout sur de nombreux supports de communication comme papier à entête, enveloppe, pochette à rabats… Alors que pour le second, il faudra un logo couleur, une carte de visite et une cover Facebook. Oui, la grande entreprise aura payé plus cher, mais pour une prestation qui aura demandé bien plus de boulot.

En fait, la règle est simple. À prestation égale, tarif égal. Mais quand le temps de travail diffère, le coût varie aussi. On ne peut logiquement pas facturer au même prix une presta réalisée en 2 jours qu’une autre en 7 jours.

C’est un peu cher pour du coloriage

Les clichés sur le prix d’un graphiste sont légion. Presque autant que les mauvaises habitudes sur la rémunération des designers graphiques. Au fil de notre parcours de graphiste freelance, ce type de client est quasi inévitable. Vous savez, celui qui estime que le devis qu’il a reçu est « trop cher pour ce que c’est ». Celui qui brandit l’argument de son petit neveu qui bidouille sur Photoshop. Ou celui qui préfère investir dans la suite de logiciels Adobe pour que sa secrétaire s’y colle. Mais celui qui étrangement, vous contacte vous malgré tout…

Les graphistes indépendants, ces énergumènes incompris

Le graphiste est forcément un artiste

Ça y est, on y arrive. Alors, même si l’un n’empêche pas l’autre, ce sont deux professions différentes. Oui, j’ai bien dit professions. Pour l’un comme pour l’autre, ce ne sont pas des hobbies. Si tous deux sont des métiers créatifs, la démarche initiale n’est en revanche clairement pas la même. Le designer répond à des objectifs marchands et s’inscrit dans une logique économique pour vendre des produits et services. L’artiste lui, est supposé s’affranchir de tout mercantilisme pour susciter chez le public un questionnement. Un peu comme le menuisier et l’ébéniste, même si les deux tripatouillent du bois, quoi.

La carte blanche est une marque de confiance

C’est toujours flatteur de s’entendre dire que vous êtes réactive, de bons conseils et que votre travail est de qualité. C’est vrai, et c’est pour moi toujours une belle récompense que mes clients expriment leur satisfaction !

Du coup, on pourrait imaginer que d’avoir carte blanche, parce qu’on a confiance en notre créativité, est une aubaine. Que nenni ma bonne dame. C’est en réalité un joli cadeau empoisonné. Un prestataire répond à chaque projet en fonction des besoins du client, il n’est pas magicien. En ce sens, un graphiste, freelance ou non, ne pourra pas comprendre ce que vous attendez de lui sans informations. Ça fait partie de ce qu’on appelle le brief créatif ou le cahier des charges. Ce sont ces infos détaillées qui permettront au designer de bien saisir les contours d’un projet, et d’y répondre parfaitement.

Par ailleurs un client a toujours, consciemment ou non, une idée de ce qu’il attend visuellement. En faire part dès le départ, c’est s’assurer que le projet parte dans la bonne direction. En d’autres termes la carte blanche, c’est la perte de temps et d’argent assurée !

Avec Photoshop, tout le monde peut être graphiste

Mais oui, évidemment ! Ça me fait penser que moi hier, j’ai acheté un marteau et des clous. Je me suis pas trop mal démerdée, du coup je me tâte à ouvrir ma menuiserie. Non ? Bah non. Maîtriser les outils, être apte à répondre à un brief selon une stratégie commerciale, avoir le sens du design… Ça ne s’invente pas !

Tu fais juste des trucs jolis, on va pas s’exciter la nouille non plus

Quand j’y pense, je me lève tous les matins avec pour seule idée de pondre des trucs beaux. Peu importe quoi et peu importe pour qui hein, du moment que ça claque. Par exemple, un requin pour une prof de yoga ou une pâquerette pour une équipe de basket de haut niveau. Faut gratter un peu pour voir le sens, c’est un peu conceptuel, mais c’est tellement stylé que bon.

On ne saurait donc résumer le travail d’un graphiste freelance à sa seule dimension esthétique. Il faut certes savoir harmoniser les couleurs, choisir les typos, créer un univers singulier… Mais ce, toujours dans le cadre de la stratégie et des objectifs définis par les clients. Par ailleurs, même les bons designers graphiques remettent parfois des livrables qui ne leur plaisent pas au quart du tiers. Alors oui, il faut savoir conseiller ses clients pour leur éviter de faire des choix douteux. Mais en tout état de cause, c’est leur satisfaction qui prime. On ne créée pas un support de communication pour exprimer notre propre vision de l’esthétique, ou pour notre propre contentement. Le résultat peut être « moche » à mes yeux, tant qu’il est cohérent et plaît à mon client.

Et alors, qu’est-ce que ça fait ?

Comme pour bien d’autres professions, un certain nombre d’idées reçues entourent les graphistes indépendants. Tantôt perçus comme des artistes, tantôt comme des informaticiens, on les imagine avec leurs iMac comme Gollum avec son précieux. Souvent on envie leur quotidien, qui oscille pourtant entre rythme effréné et incertitude du lendemain. On apprécie et loue leur créativité, alors même qu’on la pense accessible à tout un chacun.

Graphiste freelance est un métier passionnant et pluriel, qui ne saurait être réduit à sa seule dimension esthétique. Conseiller, écouter, analyser, prospecter, créer, rédiger et bien d’autres verbes marquent la cadence de nos journées. Il faut être capable de muer autant de fois que nécessaire, parfois même dans un même jour. Allez savoir, on est peut-être croisés avec des caméléons…

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